Sapiens et l’apprentissage – P3

petit bébé
Prêt à apprendre

Apprentissage du petit Homme

Pourquoi le petit de l’Homme demande-t-il autant d’attention?

Pour une raison de survie, nos ancêtres optèrent pour la position debout (bipédie), ce qui amena une modification de leur squelette, modification qui chez les femelles fût plus exigeante. La position debout nécessitant des hanches plus étroites, resserrant le canal utérin. La mort en couches fut un risque majeur pour celles-ci. Ceux qui génétiquement accouchaient tôt, quand le cerveau et la tête du bébé étaient encore relativement petits et souples, s’en sortaient mieux et pouvaient avoir plus d’enfants. La sélection naturelle favorisa dès lors les naissances précoces.

Comparer aux autres animaux, les humains naissent prématurés, alors que nombre de leurs systèmes vitaux sont encore sous-développés. Un jeune veau peut marcher dès sa naissance, un chiot de quelques semaines quitte sa mère pour explorer son environnement. Le petit de l’Homme est démunis, dépendant durant de longues années de ses aînés qui assurent sa nourriture, sa protection et son éducation.

Avec son enfant nécessitant une attention constante, la mère dépendait, pour la nourriture, la protection, etc., des membres de sa famille et des autres membres du clan. Encore une fois, la sélection naturelle favorisa celles ayant des habilités sociales.

La plupart des mammifères naissent avec un système nerveux mature, les petits humains naissent avec un système nerveux immature. C’est pourquoi nous pouvons les éduquer, en faire des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, des capitalistes, des socialistes, des hommes épris de guerre ou de paix (n1)

Le petit de l’Homme

Mammifère de la famille des Hominoïdes, appartenant plus spécifiquement à la branche des Homininés, il sera comme ses congénères, a un moment de sa fabrication intra utérine, équipé d’un système de traitements de l’information (système nerveux) de de la toute dernière génération. Ce système nerveux lui permettra d’entrer en relation avec son environnement et avec les autres êtres vivants situés à l’intérieur de celui-ci.

À la naissance, le petit de l’Homme ne sait pas qu’il existe en tant qu’entité spécifique. Il le saura après avoir constitué son schéma corporel. C’est par les informations recueillies par ses sens: toucher, vue, ouïe, odorat, etc. (périphériques) qu’il se construira dans l’espace qu’il habite.

Son système nerveux, bien qu’immature, possède déjà une structure pulsionnelle (firmware) et une structure permettant l’apprentissage des automatismes imposés par son environnement, celle-ci étant capable de mémoire à long terme (OS). Au tout début de sa vie, n’ayant rien à associer, sa structure d’apprentissage ne peut guère lui servir. Par contre, sa structure pulsionnel le renseigne sur l’état de son organisme (bien-être ou souffrance). À titre d’exemple, il réagira à la sensation de faim par des cris. Lorsque nourrit, il va mémoriser avec le retour du bien être, les sensations reliées à l’action d’apaisement, l’odeur, la voix et le visage de la personne qui l’a nourrit (sa mère, sa nourrice, son père, etc.) Voir : K. Lorenz , Les oies cendrées

Il est capital de comprendre que dès sa vie intra utérine, les évènements et les autres êtres vivants qui l’entourent vont modeler l’être spécifique qu’il sera.

Plus tard, entre 7 à 10 mois, lorsque ses sens lui feront prendre conscience de son existence spécifique, il va découvrir la source de toutes les réponses à ses besoins (récompenses) et en même temps, que cette source ne lui appartient pas exclusivement. Il va aussi comprendre qu’il peut perdre celle-ci et découvrir la jalousie et l’amour malheureux (Œdipe). À ce stade, le petit de l’Homme va aussi comprendre que les automatismes, que l’on essaie de lui faire acquérir, concernant l’alimentation, les excrétions urinaire et fécale (règles socio-culturelles chez l’Homme) sont récompensés s’il s’y soumet et punis s’il s’y soumet pas. Cependant, il arrive que, pour punir ses éducateurs le petit être utilise le non conformiste à ses tentatives d’automatisation. Un affrontement s’installe alors entre le petit être et ses éducateurs. N’en déplaise aux émules du docteur Spock, cet affrontement doit être compris et remporté par les éducateurs (parents, tuteurs, enseignants, etc.) Nous parlons ici de comportements qui déclencheront le reflexe de rejet ou d’acceptation par le groupe social où le petit de l’Homme évoluera.

Exemple caricaturale: Imaginons mon petit chéri n’ayant jamais connu de frustration, décidant qu’il veut jouer au soccer. Comme ce petit Dieu n’aime pas l’habillement des joueurs de ce sport et qu’il préfère de loin celle des joueurs de hockey, il se présente donc, escorté par moi, à sa première pratique vêtu en joueur de hockey. Après tout, c’est aux autres à s’adaptés! Il faut respecter la spécificité de chacun! Pensez au traumatisme que mon pauvre petit vivra s’il est rejeté, empêché de réaliser son rêve de devenir un joueur de soccer. Sinon, poursuites contre l’Association de soccer, appel aux médias, etc., je vous laisse deviner la suite.

Donc, il est capital pour le bien  être de nos petit(e)s, adolescent(e)s, jeunes adultes et employé(e)s de comprendre qu’il est impossible d’apprendre sans ressentir d’émotion. Celle-ci étant soit positive (renforcement) ou négative (punition). C’est souvent difficile, comme vous je le sais très bien.

Une des phrases les plus contre productive lors d’une erreur, d’acte répréhensible, d’un redressement de situation est : Nous ne sommes pas là pour trouver un coupable. Comment corriger une situation avec cette mentalité? Comment le coupable apprendra-t-il? Comme le disait mon père: «Tant qu’à y être, un chip et un Coke pour tout le monde.» Soyons sérieux, il faut récompenser et il faut aussi punir. L’important est de savoir y aller avec la bonne dose dans chacun des cas.

Tirage au sort ou Karma

Pour certains de mes congénères, l’hérédité génétique, le lieu de naissance et le milieu social où naît le petit de l’Homme sont directement liés à son Karma. Pour le moment, je crois plutôt à un tirage au sort et que chaque être vivant ne naît pas égal, ni socialement, ni génétiquement.

Au niveau de la programmation du système d’apprentissage, force et de reconnaître qu’il y aura une forte différence entre un enfant né dans un bidonville en Afrique sub-saharienne et un enfant né dans une famille bourgeoise de Toronto, Canada. Les acquis dans le milieu social bourgeois seront, généralement, favorables à une ascension hiérarchique fournissant un langage, des attitudes, des comportements, des jugements conformes à une hiérarchie de dominance permettant un bien être relatif.

Conclusion

Je souris à chaque fois que je vois un film de Tarzan, d’un enfant de la jungle ou de Romulus et Rémus élevés par une louve. Nous savons maintenant que le système nerveux vierge du petit de l’Homme, s’il est abandonné en dehors de tout contact humain, ne deviendra jamais un système humain. Il ne suffit pas d’en posséder la structure initiale. Il faut encore, que celle-ci soit façonnée (programmée) par le contact avec d’autres êtres humains. Si cette programmation ne survient pas dès le jeune âge, elle ne pourra avoir lieu plus tard. À titre d’exemple: passé un certain âge il est impossible pour un être humain d’apprendre à parler. (Steven Pinker, L’instinct du langage, éditeur ODILE JACOB, 2013, ISBN 9782738129697). Croire le contraire, relève de l’Imaginaire.

Si je peux convaincre qu’un seul parent de ne pas isoler au sein de son unité familiale son ou ses enfants, de le ou les soumettre le plus souvent possible aux contacts de son environnement et de d’autres humains, ce blog en aura valu tout le travail.

Le seul langage de programmation du système d’apprentissage de l’Homme est l’émotion ressentie par celui-ci aux contacts avec son environnement et avec les autres êtres vivants qui l’occupent. Il ne peut y avoir d’apprentissage sans émotions et celles-ci ne peuvent être que seulement positives. Il faut seulement savoir doser la réponse au comportement qu’il faut renforcer ou annihiler.

Sapiens et l’apprentissage – P3.a

Sapiens et l’apprentissage – P2

Sources

(n1) – Yuval Noah Harari, Sapiens – Une brève histoire de l’humanité, Édition Albin Michel, 2015, ISBN 9782226257017

J.J. Hublin et B. Seytre, Quand d’autres hommes peuplaient la terre – Nouveaux regards sur nos origines, édition Flammarion, 2008, ISBN 978-2-0812-0584-0

F. C. Howell, L’homme préhistorique, éditeur Time inc., 1969

H. Laborit, Éloge de la fuite, édition Robert Laffont, 1976, ISBN 2-005449-0

 

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